Quel genre d’atmosphère devrait habiter une Église ? Quel genre de culture devrait-on trouver au milieu de personnes confessant l’Évangile ? Il est triste d’entendre parfois le témoignage de personnes qui ont rejeté l’Évangile parce que ce qu’elles ont expérimenté de l’Église n’avait rien de désirable : hypocrisie, amertume, conflits. Ortlund cherche à adresser ce problème en répondant à ces questions.
Confesser la bonne doctrine ne suffit pas. Il faut vivre d’une manière conforme à la bonne doctrine. Cela est vrai sur le plan individuel, mais encore plus au niveau de l’Église locale. Une confession de foi solide ne vaut rien si la culture de cette Église est vide de la grâce et de l’amour de l’Évangile. L’Évangile : comment l’église dépeint la beauté de Christ vient nous aider à combler ce fossé entre doctrine et culture.
L’objectif de ce livre est de montrer comment « l’Évangile peut façonner la vie et la culture de nos Églises afin qu’elles dépeignent Christ tel qu’il est vraiment ». Fondamentalement, « la doctrine de l’Évangile crée une culture de l’Évangile. La doctrine de la grâce crée une culture de grâce. » (21) Ortlund n’accepte pas de dichotomie entre doctrine et culture, comme s’il fallait choisir entre l’un ou l’autre. Au contraire, c’est la doctrine de l’Évangile qui conduit à une culture façonnée par l’Évangile. Avoir l’un sans l’autre est catastrophique (23):
Doctrine de l’Évangile – cutlure de l’Évangile = hypocrisie
Cutlure de l’Évangile – doctrine de l’Évangile = fragilité
Doctrine de l’Évangile + cutlure de l’Évangile = puissance
Alors, à quoi ressemble une Église qui croit vraiment en Jean 3.16 ? Une Église qui croit vraiment à l’amour immense de Dieu pour un monde rebelle est marquée par l’amour (1 Jean 4 :11). Un amour sincère et flagrant dans la façon dont nous prenons soin les uns des autres, « tout comme Dieu prend merveilleusement soin de nous ». Voilà le signe que le Dieu de Jean 3 :16 demeure au milieu de nous (37).
L’Évangile de la grâce conduit également une culture de transparence et de sainteté. L’Évangile nous dit que Christ a pris l’Église comme épouse, qu’il est mort par amour pour la laver et la sanctifier (Eph 5.25). La réalité est que nous n’étions pas désirables. Encore maintenant, nous sommes souvent infidèles à notre Époux quand nous nous tournons vers le péché, qui est une insulte à son amour sacré (45). Un amour qui ne demande rien de moins que tout de nous.
Mais cet amour signifie que nous pouvons affronter la laideur de nos échecs et de nos péchés, parce que nous jouissons de la sécurité de cette relation maritale avec Christ (avec lui, le divorce n’est pas une option !) et de sa grâce purificatrice au moyen de la Parole, l’Évangile (Eph 5.25). Ainsi, cet amour sacré nous transforme en une épouse sainte, belle et radieuse pour les noces finales (47). La sainteté que Christ crée dans l’Église est belle. Elle irradie de l’amour de son Bien-aimé.
Quelles implications pour la culture ? Au sein de l’Église, nous pouvons être honnête face à notre péché et espérer dans l’amour de notre Époux (48). L’amour marital du Christ crée dans l’Église une culture marquée par une « belle sainteté » (48). Alors que nous nous donnons à Christ, sa sainteté nous transforme de l’intérieur vers l’extérieur pour restaurer les épaves que nous sommes.
Mais l’Évangile promet également la restauration de l’univers. C’est un message plein d’espérance au milieu des ténèbres les plus sombres. Ortlund nous donne un bel aperçu de la grandeur de cette espérance à partir d’Apocalypse 21.1-5. Voici notre avenir. Ainsi, « une Église riche dans l’Évangile se réjouit dans l’espérance » (60). À l’inverse, selon Ortlund,
« Le désespoir est un péché intellectuel et social. C’est la négation de la doctrine de l’Évangile et cela détruit la culture de l’Évangile. » (61)
L’idée n’est pas de prétendre que tout va bien. Bien au contraire, l’espérance de l’Évangile donne une joie résiliente face aux épreuves. Elle crée « des églises qui font face à la vie telle qu’elle est et qui ne sont pas vaincues » (62). Comme Paul (Rom 8.31-39), nous faisons joyeusement fi de tout ce qui pourrait nous décourager et nous abattre.
Nos Églises doivent être des endroits radicalement différents du monde de fou dans lequel nous vivons. La contre-culture de l’Évangile qu’elles présentent est le moyen utilisé par Dieu pour élever cet Évangile devant le monde. Nos Églises sont le pilier et soutien de la vérité, c’est pourquoi la façon dont nous nous conduisons dans sa maison importe à Dieu (1 Tim. 3.15).
Ortlund soulève trois éléments qui permettent à nos Églises de vivre cette transformation en profondeur qu’opère l’Évangile (72) :
- L’Évangile : être continuellement exposé à la bonne nouvelle à partir de la Bible entière
- La sécurité : une compassion sincère qui permet de parler honnêtement de ses problèmes sans être jugé et condamné
- Le temps : parce que chaque personne est complexe et que le changement en profondeur prend du temps
Qu’en est-il de la discipline d’Église ? Ortlund est clair : la discipline est nécessaire quand un péché subvertit l’Évangile et sa culture. « La culture de l’Évangile ne fait pas de l’Église un endroit sûr pour le péché, mais un endroit sûr pour la confession et la repentance », et ce, pour tout type de pécheur et de péché (73) !
Tout cela nécessite de laisser derrière soi son égo. Une Église façonnée par l’Évangile n’est pas avant tout préoccupée par sa réputation, la croissance de ses ministères, la satisfaction de l’égo de ses leaders, mais elle est préoccupée par la gloire de Christ par-dessus tout. Elle sait qu’elle est son Église. Elle existe pour lui (76).
Une telle Église rend l’Évangile crédible au monde
Une telle Église rend l’Évangile crédible au monde. Sa culture en est le signe tangible que l’Évangile est la vérité. Elle est porteuse de la bonne odeur de Christ (2 Co 2.15). Ortlund nous avertit que cela conduit nécessairement à de l’opposition. L’Évangile et sa culture est une offense pour ceux qui périssent, pour ceux qui s’attachent à leur justice propre. Mais cela ne doit pas nous ébranler. Cela montre la puissance même de l’Évangile : il provoque toujours une réponse, positive ou non (98).
Alors, par où commencer pour réformer nos Églises selon l’Évangile ? On commence par admettre que Christ seul est le Sauveur, pas nous, et que le premier obstacle à la culture de l’Évangile, c’est bien souvent nous-même. Mais ensuite, l’Évangile nous donne trois trésors pour y parvenir : la puissance, le courage et l’amour (104). Ils sont à portée de chacune de nos Églises, car ils sont les dons de Dieu dans l’Évangile pour faire de nous un peuple saint pour la gloire de Christ.
Réflexions
Ce livre est salutaire. Il est si facile d’en rester à la bonne doctrine sans réfléchir aux implications pour la vraie vie ! Ortlund nous empêche de faire de l’Évangile un concept abstrait sans conséquences pratiques. Basé sur les Écritures, il montre avec succès la beauté d’une Église pénétrée de l’Évangile de la grâce de tous côtés. L’Évangile est véritablement une bonne nouvelle ; et une bonne nouvelle, ça se vit !
J’ai beaucoup apprécié la clarté d’Ortlund sur l’Évangile. Il ne s’agit pas de tout laisser passer au nom de l’amour. Sa doctrine de l’Évangile est centrée sur les Écritures et la culture qu’il défend correspond à cet Évangile. Grâce ne veut pas dire antinomisme ou libéralisme. Ortlund montre clairement comment l’Évangile de la grâce permet une sainteté véritable que le légalisme ne peut produire. J’ai été surpris qu’Ortlund n’évoque pas les conséquences de la justification par la foi pour la culture d’Église, comme l’humilité et l’égalité (cf. Rom 3.27-31 ; Gal. 3.28), bien qu’il souligne à plusieurs reprises l’importance de la foi.
Le sujet principal de ce livre est la culture dans l’Évangile. Néanmoins, ses implications pour la mission sont immenses. Il n’y a aucun doute qu’une Église façonnée par l’Évangile jusqu’à la moëlle, dans ses relations et sa culture, aura son témoignage verbal de l’Évangile décuplé (cf. la stratégie missionnaire de Paul pour la Crète en Tite).
Ortlund nous donne donc un formidable outil pour faire une évaluation de la culture de nos Églises. L’Évangile y est-il aussi tangible qu’il devrait l’être ? En cela, c’est un livre important pour toute personne en responsabilité dans l’Église. De plus, il est plutôt court (117 pages) et se lit bien. Un super livre à lire en conseil d’anciens (quand il sera traduit !).
Puissent nos Églises rayonner de la beauté de Christ par l’Évangile.
The Gospel: How the Church Portrays the Beauty of Christ (Building Healthy Churches), Ray Ortlund, 2014, Crossway
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